La coopérative indienne d'artisans tisserands KKM

Les tissus extérieurs des sacs Anandi sont en coton indien teint et tissé à la main par une coopérative d’artisans tisserands nommée KKM Handweaving Society (société de tissage à la main), dont voici une petite présentation illustrée ci-dessous.
Je vous invite à regarder les deux diaporamas de la chaîne Youtube KKM Handweaving, qui sont des compléments très instructifs.

De même, le blog des Tisseuses d’idées offre un très beau reportage de leur voyage à KKM en images…

Lutter contre l'exclusion engendrée par la lèpre

La “colonie” est fondée au début des années 1960 par l’Église catholique de la ville de Dehradun (État de l’Uttarakand, 250 km au nord de Dehli) pour accueillir les personnes atteintes de la lèpre. Grâce au concours commun d’Indiens et d’Européens, la colonie s’est petit à petit constituée en coopérative de tissage.

Les débuts de la coopérative
(fin 1960- année 1970)

Agnes Kuntze
Agnes Kuntze et Pierre Reyniers

L’Allemande, Agnes Kuntze (1923-1998), et le Français, Pierre Reyniers (1946-2019), ont participé
dans les années 1960 à la constitution de la coopérative et y sont ensuite restés toute leur vie.

Un des ateliers affichant les photos des fondateurs européens

Essentialisés “lépreux”, les personnes ont pour seul salut, dans la société indienne d’alors, le rejet, la mendicité, l’errance et, au mieux,
des séjours en hôpitaux où bien que soignés il n’est rien attendu de plus d’eux. Leur réintégration dans la société indienne est inenvisageable des deux côtés.

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Gauri se tient fièrement au métier à tisser sur lequel elle a travaillé

Une entreprise florissante à partir des années 1980

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KKM s’est donnée alors comme objectifs de pérenniser des terrains où les gens peuvent vivre sans peur de s’y voir chasser et de créer une communauté de vie autogérée.
Ainsi, en sus de la dispensation de soins, les centres s’organisent autour de la construction des bâtiments et de la création du travail pour que chacun et chacune regagne dignité et autonomie.
Une monnaie locale est également créée, le bond, qui permet approvisionnement en linge de maison et confection d’habits sur mesure à des prix solidaires.

Transaction chez le tailleur en monnaie locale

A côté d’un peu d’élevage et d’agriculture, c’est la pratique du tissage qui s’est développée.
La multiplication des tâches permet à chacun de travailler selon ses capacités physiques. Certains peuvent filer le coton devant leur pas de porte quand d’autres travaillent sur les métiers dans les ateliers. En outre, le travail manuel aide à la rééducation des membres souvent bien abîmés par la lèpre.
Organisés en autogestion, les quatre centres KKM, dans les années 1980, forment une communauté de vie mettant en œuvre des principes de solidarité et d’équité.

Où acheter des tissus KKM aujourd'hui ?

Dans les années 1980, les articles textiles obtiennent le label commerce équitable et sont vendus dans les boutiques Artisans du monde à travers la France (Grenoble, Lyon, Valence, Strasbourg…).
Aujourd’hui, on les trouve à Artisans du Monde  Grenoble
et Valence.
Par ailleurs, vous pouvez contacter l’association française les Amis de KKM qui organise régulièrement des ventes à Lyon.

Aujourd'hui, un déclin qui met en péril la survie de la coopérative

Florissante jusqu’au début des années 2000, la coopérative a, malgré tout, eu des difficultés à se maintenir face à la pression foncière et à la difficulté à écouler sa production.
En 2018-2019, l’ensemble des ateliers de production de tissage ont fermé. Les personnes se sont retrouvées soit à la retraite anticipée soit au chômage partiel.
La coopérative détient désormais un stock très important d’invendus.

Samsoudin le tailleur range les écharpes de portage de bébé dans le stock

L'amorce d'une reprise depuis deux ans

La confection repart timidement depuis la reprise de la coopérative par une enfant du sérail, Manju. Devenue femme d’affaires qui orchestre un ensemble de “projects”, elle crée des ponts entre sa société et KKM.
Ainsi elle fait appliquer des tampons par un groupe de femmes travailleuses porteuses de handicap sur du tissu brut KKM. Ce dernier est ensuite utilisé par les tailleur(e)s pour confectionner des sacs ou des trousses.

Sac en coton indien blanc agrémenté de tampons au motif floral

La part du colibri

C’est ainsi que j’utilise ce coton pour participer à l’écoulement des stocks et permettre un jour que la production reparte. Les écheveaux de coton teint ne manquent pas.